oOo Music was my first love oOo
Quelques jours avant le départ, ma mère avait patiemment cousu des petites étiquettes à nos noms et prénoms sur nos chaussettes, nos bermudas, et nos t-shirt. Elle avait aussi glissé au cas-ou un K-Way dans notre sac.Et puis on découvrait avec plaisir qu'elle avait prévu quelques bonbons et des bd's pour tenir le temps du voyage.
La veille du départ j'étais toujours excitée à la limite du supportable...On était au lit à 21h et moi je me tournais et me retournais dans tous les sens pendant des heures, jusqu'a ce que le sommeil vienne tout seul, lassé par mes mouvement répétitifs...
Le jour J, toujours la même excitation, celle du départ, de la liberté qui s'annonce...Alors que certains pleuraient dans les bras de leurs parents, tapant du pied et hurlant qu'ils ne voulaient "paaaaaas y alleeeeeeeer", j'étais souvent une des premières dans le bus. Pour être sure d'avoir une place près du carreau dans un premier temps, et puis simplement parce que moi ce départ ne m'effrayait pas...Au contraire.
Le bus démarrait lentement, à l'intérieur une quarantaine de gamins surexcités tapaient au carreau et faisaient de grands coucous à leurs parents. Ces derniers, persuadés que leur progéniture entendait parfaitement à l'intérieur animaient tous leurs lèvres pour prodiguer les derniers conseils.
A l'époque, si on savait lire sur les lèvres on pouvait deviner des "Mange pas tous tes bonbons avant d'arriver !" "T'as bien pris ta ventoline ?" et autres "Embête pas les moniteurs hein !"
Et puis on perdait rapidement de vue la foule des parents amassés devant la mairie...Si on jetait un oeil dans le rétroviseur du bus, on pouvait se rendre compte que ces derniers , visiblement rapidement remis de notre départ s'éloignaient déja en direction de leur voiture...
Situation assez semblable dans le bus...Tout ceux qui pleuraient quelques minutes plus tôt avaient séché leurs larmes...Il y en avait toujours un pour renifler en silence durant tout le trajet, mais dans l'ensemble, la tristesse du départ faisait bien vite la place à d'autres sentiments..
Les premières minutes se déroulaient dans un silence assez éloquent...Chacun observant un peu les autres...Silence troublé uniquement par les bruits de papiers qu'on arrache, les bruits de plastique qu'on peine a déchirer pour réccupérer sa madeleine...Premiers bruits de mastiquation, premiers bonbons fruitella sur le bout de la langue, dont les saveurs fruités venaient agréablement chatouiller le haut du palais...Ces bonbons pour lesquels il fallait à chaque fois ouvrir un petit papier...Ils auraient pu faire comme pour les mentos, ça aurait été quand même plus simple...Et puis premières bd's sur les genoux et les premiers discussions qui s'engagent...
-Oh toi aussi t'es abonné au journal de Mickey ?? Tu l'as lu celui ou Pat Hibulaire fait semblant d'être gentil pour que sa grand mère sache pas qu'il est l'Ennemi public numéro 1 ?
-Oh oui je l'ai lu ! Mais c'était dans un Super Picsou Geant non ?
-Ah ouiiiiii c'est vrai ! Il était trop bien hein !
Ainsi était scellée une amitié...On venait de trouver un compagnon de chambre pour les deux semaines à venir...
Après quelques heures de route, l'autobus ralentissait et pénétrait à l'intérieur d'un grand complexe, mélange de batiments beiges et blancs, et de tentes bleues immenses.
On descendait tous du car, se précipitant pour réccupérer nos bagages dans les soutes, et puis les moniteurs appelaient tour à tour les enfants de chaque tranche d'âge.
-Les 6-8 ans vous venez avec moi ! Criait un grand dadet de 18 ans à peine à une foule de petits sautillants dans tous les sens.
-Les 8-12 par ici ! Lançait une jeune fille à peine plus vieille, l'air souriant aux enfants de mon âge.
On prenait alors sa nouvelle amie par le bras et puis on se dirigeait vers la monitrice en tirant péniblement un sac bien trop lourd derrière soi.
Première journée de colo...On choisissait sa chambre, ses futurs amis...On passait le premier après-midi dans son nouveau petit chez soi, assis en haut sur son lit superposé, les jambes se balançant dans le vide, échangeant quelques bonbons avec les collègues et puis échaffaudant les plans de la première nuit...Une nuit blanche forcément...
-Chiche on dort pas cette nuit ! Et on mangera pleins de bonbons...
-Oh ouais !
Réponse enthouiaste et à l'unisson des 6 filles de la chambre...Et puis 23h30 le soir même...5 ronflements, et moi sur mon lit, par dessus la couverture parce qu'il fait trop chaud, les mains derrière la tête...J'arrive pas à dormir et je suis la seule à avoir tenu au final...Les monos sont venus gueuler une fois, deux fois, puis la troisième ont menacés de nous faire dormir dehors...Alors 5 filles pas spécialement rebelles sont revenues à la raison...Et moi j'attends que ça se passe...Je n'arrivais jamais à dormir la première nuit...
Les deux semaines qui suivent c'est des tas de souvenirs particuliers...A commencer par des petits déjeuners emprunt de liberté...Quel plaisir d'arriver à 8h du matin en pyjama et en chaussons dans le grand refectoire qui sent si bon le chocolat chaud...De constater avec délice que c'est nous qui décidons ce qu'on veut manger et comment on accomode tout ça...Alors on teste les cornflakes à la confiture de fraise...Le pain trempé dans le thé avec du nutella en petite portion...
Les deux semaines qui suivent c'est aussi d'autres nuits ou le sommeil ne vient pas...C'est cette année ou Martial, un mono venait chaque soir dans notre chambre plongée dans le noir, s'asseyait sur la table au milieu de la pièce et nous racontait l'histoire de ce bouquin qu'il avait lu quelques années plus tôt... "Le mystère de la nuit des pierres"...J'ai jamais oublié le calme et la beauté de ces débuts de nuit, un silence estival et doux, uniquement troublé par sa voix calme qui nous racontait l'histoire de Netra le petit bossu...
Les deux semaines qui suivent c'est des après-midi à la plage, marcher pendant un quart d'heure, serviettes autour du cou, sous un soleil éclatant, en chantant "1 kilomètre à pied ça use, ça use"...Et puis le test boléro...On vous enfile un gilet de sauvetage un peu serré, dont le seul intérêt c'est le petit sifflet jaune dans la poche qui est rigolo à utiliser. Et puis on vous jette d'un zodiaque (ces grands bateaux à moteur rouges et noirs qu'on dirait les boués d'Alerte a Malibu version super grand) et on vous demande d'aller de l'autre côté à la nage...
C'est aussi les baignades super surveillées, pas le droit de quitter le périmètre, constitué de petites boués rouges et jaunes...Et c'est la ruse de quelques gamins qui poussent légèrement le périmètre un peu plus loin...Parce que c'est pas drole quoi d'avoir de l'eau que jusqu'aux genoux !
Les deux semaines qui suivent c'est des veillées inoubliables, des soirées magiques, des moments comme plus jamais on en revivra...C'est jouer au foot jusqu'à plus soif pendant que la nuit tombe et que dans l'air ça sent les grillades qu'on a mangé juste avant, c'est des immenses parties de "douanier-contrebandier", courir à l'aveuglette, toujours dans le noir, hurler parce qu'on s'est fait attraper...Et ma fameuse cachette ou je cachais mon papier et que donc on l'a jamais retrouvé... Les soirées ou les monos s'amusent à nous faire peur avec des histoires de dame blanche...C'est la nuit des étoiles le 8 aout...Tout le groupe des 8/12 ans, allongé sur des couvertures juste derrière le batiment ou se trouvait nos chambres, a contempler l'immensité d'un ciel qui est rarement aussi beau que cette nuit la de l'année...
Les deux semaines qui suivent c'est des premiers amours, c'est des bisous, cachés dans le grand labyrinthe en bois au milieu de la colo, c'est des visites en cachette dans la chambre des garçons, en se faisant choper...C'est aussi des boums...Des soirs ou exceptionellement l'heure du coucher passe de 21h30 à 23h...Ou on passe la soirée à danser sur de la dance et sur le dernier tube de l'été , avec nos baskets à scratchs, nos bermudas et des grands t-shirt pour tenue de gala (jsuis sure que maintenant les filles en colo pour les boums elles ressemblent à des ados de 16 ans et qu'elles se maquillent à même pas 10 ans). C'est le moment des slows ou d'un coup la piste se vide...Puis se re-remplit progressivement de quelques couples qui dansent en se touchant du bout des doigts, a environ 50 centimètres l'un de l'autre...C'est toujours des histoires, des disputes, une fille qui sort dehors en pleurant parce qu'un garçon lui a dit quelque chose de méchant, et toutes ses copines qui sortent la soutenir en lui expliquant que de toute façon c'est bête un garçon...
oOo Et puis... oOo
Les deux semaines qui suivent c'est forcément un dernier soir...Retour à la position du premier soir, les bras derrière la tête, par dessus les couvertures...On est plus la seule à être réveillée cette fois...On parle pour la dernière fois avec ses amis, dans le noir...On se dit qu'on se reverra...Puis on se dit aussi que ça fera drôle le lendemain soir, de dormir sans personne dans la pièce...Sans ronflements gênants, sans personne qui parle dans ses rêves, sans mono qui vient gueuler à cause du bruit, sans fous rires...Et puis que les petits déjeuners n'auront plus le même charme, plus les mêmes odeurs...C'est douloureux le dernier soir en colo...C'est les premières nostalgies de l'enfance...C'est savoir que c'est la fin de quelque chose de magique...C'est savoir que le lendemain , comme au premier jour, ils seront beaucoup à pas avoir envie de monter dans le bus, et c'est savoir que je serais aussi de ceux là...
On a pas envie de s'endormir ce soir là, on a envie que cette dernière nuit dure toujours...Malheureusement, le sommeil se fait plus fort que notre volonté...On se réveille le matin du dernier jour...Il fait grand soleil...On part déjeuner, encore pateux parce que tout de même on s'est endormis tard...Dans le self pas un bruit, si ce n'est celui des cuillères contre les bols...Et puis on retourne dans nos chambres, on fait nos sacs, les monos passent faire l'inventaire avec nous pour faire l'état des lieux de tout ce qu'on a perdu...Les couvertures sont enlevées des matelas, les valises posées dessus...Et deja l'endroit sonne vide, il ne nous appartient plus...On songe avec jalousie à ceux qui vont arriver dans l'après-midi, ces 8/12 ans qui vont prendre notre place pour 2 semaines...Qui au moment ou on y pense viennent de devenir amis dans un bus à quelques kilomètres de la grace à une passion commune pour "Le journal de Mickey".
Et puis l'heure du départ arrive...On remet les sacs dans les soutes, on grimpe dans le bus à reculons... Mi-tristes de partir, mi-heureux de retrouver ses parents...Même quand on était parti avec joie, après 2 semaines ils manquent quand même...
Pendant le trajet c'est plutôt joyeux comme ambiance, on chante à tue tête "En colonie d'vacances, la si la sol, en colonie d'vacances la si la sol fa mi, on sautait sur les lits (8)", rien à voir avec la timidité du premier jour...On s'éloigne de la colo et on oublie au fur et à mesure qu'on est triste de partir...
Lorsque la mairie de chez nous est en vue, le bus se transforme en une marre de cris, "On est arrivés ! On est arrivés !". On distingue deja nos parents à nous au loin, on a un ptit truc dans le ventre d'excitation d'être revenus.Même si une partie de nous est encore la bas...La ou les nouveaux viennent surement de prendre possession de notre chambre...
On essaie de tous descendre du bus en même temps, et avant même de prendre nos affaires on saute dans les bras des parents. A eux, même nos conneries ont manqué...Alors ils le montrent pas, mais ils sont émus de nous retrouver.
Puis après les retrouvailles, on vient réccupérer nos valises dans la soute, et la on croise nos amis qui font de même, et on se regarde, et on sait que ca y est c'est fini...On se dit au revoir, on échange les adresses, c'est sur qu'on se reverra, on habite dans la même ville après tout...
Et puis on les revoit pas pour la plupart...Le destin fera qu'un jour l'un d'entre eux sera dans notre classe au collège ou au lycée, et on se rapellera qu'on s'est connus avant..."On était pas en colo ensembles ? "Siii ! C'est bien ce qui me semblait !"...Mais on en parlera pas plus que ça...Y a bien longtemps qu'on a délaissé les "Journal de Mickey", et les Fruitella, bien longtemps que les colos on y va plus...
Y aura aussi tout ceux qu'on ne reverra plus...Ou avec qui on échangera des ptits sourires presque gênés quand on les croisera dans la rue, sans pour autant s'attarder à leur parler...
Les amitiés de colo, c'est comme la colo en elle même...Magique, particulier, éphemère...Et en même temps c'est ce côté éphemere qui rendait la rose du Petit Prince si précieuse...Alors après tout...
"L'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien...que quand on part en colo ^^"